| Jacques-Pierre AMETTE |
Jacques-Pierre Amette est normand.C'est incontestable. Normand parce qu'il est né en Normandie, le 18 mai 1943 à Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados), mais aussi - et surtout - parce qu'il n'a jamais oublié sa région d'origine qu'il aime, à laquelle il reste très attaché, où il retourne passer la plupart de ses vacances et à laquelle, bien que vivant depuis plus de trente ans à Paris, il a consacré plusieurs romans, dont le très personnel Jeunesse dans une ville normande. Car Jacques-Pierre Amette est écrivain. Assurément. Écrivain au sens complet du terme, il aborde tous les genres. Il est tour à tour romancier, nouvelliste, dramaturge, journaliste, critique littéraire, biographe, scénariste... Quant à la poésie, s'il n'a pas commis lui-même de poèmes, c'est en lecteur éclairé qu'il savoure ceux de ses auteurs préférés : Pierre de Ronsard, Charles Baudelaire (tout particulièrement, Les fleurs du mal), mais aussi Bertolt Brecht, Peter Härtling et Frédéric Hölderlin. En résumé, Jacques-Pierre Amette est un écrivain normand. « Peut-être bien... » |
| Jeunesse dans une ville normande... |
| C'est en classe de seconde, au collège Mézeray d'Argentan qu'il connaît son premier choc littéraire en lisant La joie de Georges Bernanos. En classe de première, il lit L'idiot de Fédor Dostoïevski et Le rouge et le noir de Stendhal. L'impact sur le jeune lecteur est là aussi très important. Mais c'est l'année suivante, en Terminale, alors qu'il prépare son baccalauréat B (philo-lettres), qu'il découvre l'un des auteurs qui va le plus le marquer. Le frère aîné de son meilleur ami, universitaire, étudie alors À la recherche du temps perdu. Qu'à cela ne tienne, Jacques-Pierre plonge dans Proust. Le coup de foudre est immédiat. Jacques-Pierre Amette restera fidèle à ces géants de la littérature : « Des goûts qui n'ont pas changé... » confirme-t'il. Tout frais bachelier, il assure deux années d'enseignement de Lettres dans une institution privée, de 1962 à 1964. Le principe est le suivant : l'année sera consacrée à l'étude approfondie d'un auteur et de son œuvre ; l'auteur étant désigné par les élèves. Les deux promotions successives choisiront le même programme : Marcel Proust. À la rentrée 1964, Jacques-Pierre s'inscrit en année propédeutique (la première année de Lettres) à l'université de Caen. Courant 1965, il entre comme critique dramatique à Ouest-France. Son premier article publié sera rédigé sur Électre de Sophocle, première mise en scène d'un inconnu nommé... Antoine Vitez. Juillet 1965, il est en pleine préparation du certificat de littérature générale. Mais cet emploi du temps ne le satisfait pas : il a d'autres idées en tête. Avec l'argent de poche que lui ont donné ses parents pour subvenir à ses besoins alimentaires, il s'achète une petite machine à écrire Japy. Il ira manger chez les copains... En deux semaines, il rédige intégralement son premier roman, Le congé, qui paraît à peine plus d'un mois plus tard, le 5 septembre 1965. Le Figaro littéraire - alors dirigé par Renaud Matignon - remarque cette première œuvre. Son chroniqueur littéraire lui consacre un article intitulé « Un sprinter ». L'auteur de l'article... un certain Bernard Pivot.1 Jacques-Pierre Amette a tout juste 22 ans. Parallèlement à son activité journalistique, il poursuit ses études et prépare les quatre certificats requis pour la licence de Lettres modernes. Mais il n'en présentera que deux. Paris, même si ce n'est pas le Paris littéraire, l'appelle. |
| De Paris à Fort-de-France |
| À Paris, c'est en effet sous les drapeaux qu'il est appelé. Il y arrive en 1967 pour accomplir son service militaire. Mais pas dans n'importe quelle caserne anonyme de la périphérie, non, à l'École militaire, s'il vous plaît ! Il y est tout d'abord « planton, en guêtres blanches » puis obtient, à sa demande, une nouvelle affectation qui le satisfait bien mieux : jardinier. Mais, en dehors de ses obligations nationales, le jeune civil poursuit ses activités. Il devient chroniqueur à la Nouvelle Revue Française (Gallimard) dirigée par Dominique Aury et Jean Grojean. Tout juste libéré de ses devoirs militaires, il est nommé directeur de collection au Mercure de France, de 1968 à 1969. En 1970, il traverse l'Atlantique et quitte la métropole pour le soleil de la Martinique. Il s'installe à Fort-de-France. Il est alors journaliste à France-Antilles et correspondant du New York Times pour les Antilles françaises. Deux ans plus tard, revenu sur le vieux continent, il intègre, sur la demande de François Nourrissier, l'équipe de rédaction naissante d'un nouvel hebdomadaire : Le Point. Jacques-Pierre Amette y est critique littéraire depuis sa création en 1972. |
| Le théâtre et le roman |
| La première moitié des années '70 sera marquée par un important travail pour la radio. De 1970 à 1974, il rédigera plusieurs dramatiques pour France Culture. Pour l'une d'entre elles, conçue à la manière d'un reportage et intitulée Comment vous la trouvez, ma salade ?, il recevra le Prix Italia en 1971. Il animera également des ateliers de création. À ce jour, il a composé plus de 80 pièces ou saynètes pour la radio, en découvrant - mais bien plus tard - une amusante et troublante coïncidence : son père, Jean, avait passé sa vie comme radio-électricien et fabricant de postes de radio. Mais son intérêt pour le théâtre s'exprime au-delà de l'écriture de pièces radiophoniques. Son « désir » - bien plus qu'un simple attrait - est né en assistant à la création, au Théâtre du Petit Odéon, d'une pièce de Harold Pinter, Le monte-plats, mise en scène par Éric Kahane. Ses pièces, reconnaît-il volontiers, sont souvent « marquées, voire influencées » par Harold Pinter. À tel point qu'il en nourrit une curieuse superstition : prêtant à ce théâtre des vertus porte-bonheur, il a tenu à ce que certaines de ses pièces soient jouées au petit Odéon ! Ce vœu sera exaucé pour trois d'entre elles : Le maître-nageur en 1989, Les Sables Mouvants en 1990 et Le mal du pays en 1992. En 1993, il reçoit le Prix CIC du Théâtre pour sa nouvelle pièce, Passions secrètes, crimes d'avril, jouée pendant six mois au Théâtre Montparnasse, avec Stéphane Freiss, Clotilde de Bayser, Pierre Vaneck et Catherine Frot, dans une mise en scène de Patrice Kerbrat. Plusieurs de ses pièces ont été traduites (anglais, allemand, tchèque,...) et mises en scène à Londres, New York, Vienne... Si l'essentiel de sa production dramatique a été composée pendant les années '90, Jacques-Pierre Amette maintient cependant une activité journalistique sans la moindre relâche depuis la fin des années '60. Il livre régulièrement ses critiques littéraires au Point et continue à travailler simultanément à la rédaction de romans et de récits.En 1982, il s'autorise une petite coquetterie en publiant à quelques mois d'intervalle deux courts romans noirs, Exit et Je tue à la campagne, dans la prestigieuse collection « Série noire ». Ces deux titres, parus sous le pseudonyme de Paul Clément, ont été réédités récemment. Enfin, en véritable écrivain touche-à-tout, il est également l'auteur de plusieurs scénarios pour la télévision (Antenne 2) et a travaillé en collaboration avec Josée Dayan et Jeanne Moreau, pour Zaïde (production Canal +). |
| La littérature d'outre-Rhin |
| Bilingue, Jacques-Pierre Amette témoigne d'un attachement profond pour l'Allemagne et voue une véritable admiration aux grands auteurs que ce pays à donnés à la littérature mondiale. Cette passion germanophile remonte à ses années d'université où il découvre Thomas Mann et Frédéric Hölderlin. Il multipliera, autant que cela lui sera possible, les voyages outre-Rhin : séjours répétés à Pforzheim (Forêt noire), à Hambourg, à Berlin,... Il passera même un été entier à Tübingen à la découverte de tous les lieux où a vécu Hölderlin. Des années plus tard, il écrira L'adieu à la raison, ou le voyage de Hölderlin en France. De cet été, il conserve un souvenir chaleureux : celui des concours de cuisine qu'il organisait dans la Mensa avec son co-locataire, un étudiant hongrois. Chacun tentant de convaincre l'autre des qualités de ses spécialités : goulach contre cuisine à la crème. Ceux qui ont eu le bonheur d'être invités à la table de Jacques-Pierre Amette, véritable cordon bleu, imaginent les talents culinaires dont le jeune Hongrois a dû faire preuve pour tenir sa place dans la compétition. 1976 voit la parution du Journal de travail de Bertolt Brecht. Amette, qui connaît déjà l'auteur de Mère Courage et de L'opéra de quat'sous, découvre alors ses poèmes. Après le dramaturge puis le poète, c'est à l'homme Brecht qu'il va s'intéresser : un être ambigu, insaisissable, mystérieux, talentueux sinon génial, parfois haïssable mais toujours fascinant. Brecht que l'on croise dans son roman Province et que l'on retrouve bien évidemment dans La maîtresse de Brecht.2 |
| L'activité |
| Quand bien même il peut s'agir d'un pré-requis évident pour un critique littéraire, la capacité de lecture de Jacques-Pierre Amette ne peut manquer d'impressionner, tout comme la très solide et vaste culture littéraire dont il s'est doté au fil de ses lectures. Il lit tout autant qu'il respire. C'est indispensable, vital. Il est vrai que la critique littéraire est son activité principale, même si, depuis l'arrivée de Franz-Olivier Giesbert, son travail de journaliste a été étendu aux grands reportages. Il rédige également des papiers d'ambiance et a, par exemple, couvert l'affaire Baudis à Toulouse. Il a en outre tracé des portraits d'hommes politiques tels que Philippe Seguin, Philippe Douste-Blazy,... On lui doit aussi un article polémique, paru le 13 avril 2002 à la Une du Monde : Nos écrivains, dans lequel il revient sur le « problème Berlusconi » du Salon du Livre de mars 2002 et attaque le conformisme politique d'un nombre croissant d'écrivains. Il signe également des réflexions sur la littérature dans la Revue des deux mondes. Mais cet « excellent-vivant », fin gourmet, ne dévore pas que les livres et sait aussi apprécier les nourritures plus terrestres que, le plus souvent, il prépare avec talent.Par ailleurs, il s'adonne depuis peu à une nouvelle passion : l'aquarelle. Si, de tous temps, il a toujours emporté dans ses voyages des carnets sur lesquels il inscrit notes, pensées et idées, qu'il agrémentait de très nombreux dessins, croquis et esquisses, il peint aujourd'hui, pour son simple plaisir, les paysages des côtes normandes dont les ciels alternativement paisibles et dégagés ou torturés par des nuages menaçants, bas et lourds, l'inspirent. Enfin, ce grand amateur de musique accorde une même importance au piano romantique et à la littérature. En particulier les Sonates de Beethoven et les œuvres de Schumann qu'il aime écouter à l'ombre sous les pommiers en savourant un Châteauneuf-du-pape blanc, son vin préféré. Jérome F. GOUDEAU |
| 1 | Cet article n'est malheureusement pas disponible sur ce site. Je remercie par avance toute personne qui pourrait m'en faire parvenir le texte. |
| 2 | Lire à ce sujet l'entretien de juin 2003, consacré au roman La maîtresse de Brecht (rubrique « Le mot de l'auteur »). |